Un salarié qui perçoit une rente d’accident du travail depuis plusieurs années reçoit une proposition de rachat en capital. La somme proposée semble intéressante, mais la question fiscale tombe immédiatement : ce capital sera-t-il imposé comme la rente ne l’était pas ? Avec la réforme AT/MP qui entre en vigueur le 1er novembre 2026 et les ajustements du barème fiscal, le rachat d’une rente accident de travail en 2026 mérite une analyse ligne par ligne avant toute décision.
Rente AT/MP exonérée et capital de rachat : la rupture fiscale à anticiper
On le rappelle rarement assez clairement : la rente d’incapacité permanente AT/MP reste exonérée d’impôt sur le revenu, de CSG et de CRDS. Elle n’apparaît pas dans le revenu fiscal de référence. Ce régime fiscal favorable vaut tant que la rente est versée sous forme de rente viagère périodique.
Le problème survient au moment du rachat. Dès que la rente est convertie en capital versé en une seule fois, la qualification fiscale change. L’administration fiscale analyse alors la somme perçue dans le régime général des pensions ou des traitements et salaires, selon la nature exacte du versement. Le capital racheté peut donc devenir imposable.
Concrètement, on passe d’un flux régulier non déclaré à un versement unique qui entre dans l’assiette de l’impôt sur le revenu. Pour un bénéficiaire qui a organisé son budget autour de cette exonération, l’impact sur la tranche marginale d’imposition peut être significatif l’année du rachat.

Réforme de l’incapacité permanente au 1er novembre 2026 : ce qui change pour le rachat
L’article 90 de la loi 2025-199 du 28 février 2025 (LFSS 2025) a refondu le calcul des indemnités en capital et en rente pour les accidents du travail et maladies professionnelles. L’objectif : intégrer la réparation du déficit fonctionnel permanent dans la rente AT/MP.
Cette réforme répond au revirement de la Cour de cassation du 20 janvier 2023. Jusqu’alors, la rente ne couvrait pas le déficit fonctionnel permanent, qui restait à la charge de l’employeur en cas de faute inexcusable. Désormais, la rente inclut cette composante.
Impact direct sur la valorisation du rachat
Le nouveau calcul modifie la structure même de la rente. Elle comprend maintenant une part professionnelle (perte de gains, incidence professionnelle) et une part fonctionnelle. Pour les accidents dont la date de consolidation tombe après le 1er novembre 2026, le montant de la rente et donc la base de calcul d’un éventuel rachat seront différents.
Les retours varient sur ce point, mais plusieurs praticiens anticipent que la revalorisation de la rente par l’inclusion du déficit fonctionnel augmentera mécaniquement le capital de rachat proposé, et donc l’assiette fiscale en cas de conversion.
- Pour les rentes consolidées avant le 1er novembre 2026, l’ancien mode de calcul s’applique et le rachat reste valorisé sur la base historique
- Pour les rentes consolidées après cette date, le nouveau barème intègre le déficit fonctionnel, ce qui peut modifier sensiblement le capital proposé
- La composante « part fonctionnelle » de la rente réformée n’a pas encore fait l’objet d’une doctrine fiscale spécifique sur son traitement en cas de rachat
Fiscalité du rachat de rente accident de travail : les mécanismes concrets
Quand on accepte un rachat, la somme reçue quitte le régime d’exonération propre aux rentes AT/MP. Le capital racheté est alors analysé selon le régime fiscal applicable aux pensions et revenus de remplacement.
Revenu fiscal de référence et effets en cascade
Le capital de rachat entre dans le revenu fiscal de référence (RFR) l’année de sa perception. Ce point est souvent sous-estimé. Un RFR qui augmente brutalement peut entraîner :
- La perte d’exonérations ou d’abattements conditionnés au revenu (taxe d’habitation résiduelle, exonération de taxe foncière pour certains profils)
- Un changement de tranche d’imposition pour l’année du rachat, avec un taux marginal plus élevé sur l’ensemble des revenus
- Une incidence sur le calcul des prestations sociales soumises à condition de ressources (aides au logement, complémentaire santé solidaire)
- Un éventuel assujettissement aux prélèvements sociaux sur la partie du capital qui n’entre pas dans le champ de l’exonération AT/MP
Abattement pour les plus de 65 ans et invalidité
Pour les bénéficiaires de plus de 65 ans ou en situation d’invalidité, un abattement spécifique sur le revenu net global peut s’appliquer sous conditions de revenus. Ce dispositif, qui représente une réduction pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros, ne compense que partiellement l’impact fiscal d’un rachat conséquent.
L’abattement est progressif et dépend du revenu net global. Si le capital de rachat fait franchir un seuil, on peut perdre tout ou partie de cet avantage, ce qui aggrave encore l’effet fiscal.

Stratégie de rachat et timing fiscal en 2026
Accepter un rachat de rente AT/MP n’est pas qu’une décision patrimoniale. C’est un arbitrage fiscal qui dépend du calendrier.
Un rachat perçu en décembre 2026 sera imposé sur les revenus 2026, déclarés au printemps 2027. Si d’autres revenus exceptionnels sont prévus la même année (vente immobilière, prime de départ), le cumul peut propulser le contribuable dans une tranche supérieure.
À l’inverse, si l’année 2026 est une année de revenus faibles (passage à la retraite, cessation d’activité partielle), le rachat peut être absorbé dans une tranche plus basse. On a donc intérêt à simuler précisément l’impact du capital racheté sur la déclaration de revenus avant de donner son accord.
Faut-il attendre la doctrine fiscale sur la part fonctionnelle ?
Pour les rentes consolidées après le 1er novembre 2026, la question reste ouverte. La part fonctionnelle nouvellement intégrée dans la rente pourrait bénéficier d’un traitement fiscal distinct lors du rachat, mais aucune instruction du BOFiP ne clarifie ce point à ce jour. Attendre une clarification avant de racheter une rente réformée est une précaution raisonnable.
Le rachat d’une rente AT/MP en 2026 transforme un avantage fiscal permanent en un événement imposable ponctuel. Entre la réforme du calcul de l’incapacité permanente, le risque d’effet de seuil sur le RFR et l’absence de doctrine sur la composante fonctionnelle, chaque situation demande une simulation fiscale personnalisée avant toute décision.

